Césairatoutelésosse

Césaire à tout va et à toutes les sauces,
C'est le parti qu'ont pris nombre de gens ici.
Des bribes de textes sur fond de négoce.
Quel triste rendu pour de si beaux écrits.

Qu'il est simple à l'artiste de se faire valoir
En prenant au poète quelques lignes d'un texte,
Et de crier bien fort à qui veut le croire
Que l'inspiration résulte du contexte.

Cette supercherie peut duper le passant.
Elle peut séduire aussi l'amateur éclairé.
Mais elle se trompe pas l'honnête artisan
Qui connaît la valeur de l'ouvrage achevé.

Depuis que l'on chante l'année du jubilé
Ses écrits sont jetés en pâture à la rue.
Affichages, graffitis, arts, publicités,
On copie du Césaire sans aucune retenue.

Rendez donc à César ce qui est à César !
Cessez donc d'essaimer à chaque coin de rue
Quelques phrases succinctes, des mots pris au hasard,
D'oeuvres de l'écrivain que vous n'avez pas lues.


Jean luc Toussaint Pimenta da Costa

Je suis un homme libre

Je suis un homme libre sans patron ni maître,
Maître à penser, maître à citer, maître à copier.
Seul maître après dieu de l’objet qui va naître
De mes tas de ferrailles que j’ai accumulés.

Je ne suis pas issu d’une grande école d’art,
Je me fous de savoir quel artiste je suis.
Avant d’être ferrailleur j’avais une autre vie,
Mon statut actuel est le fait du hasard.

Je travaille à l’instinct sans préméditation,
Et me fous de savoir dans quelles catégories
L’objet que j’ai créé est classé ou inscrit.
Mon seul but est de suivre mon inspiration.

Que les experts en art, critiques, clowns aux gros nez
Passent vite leur chemin et me foutent la paix.
Je ne suis pas César et ne suis pas parfait,
Et me fous de savoir ce qu’ils peuvent en penser.

Mon art n’est pas un don mais le fruit du labeur.
Le plaisir et l’envie sont mes motivations.
Le bonheur d’enfanter de nouvelles créations
Est la source première de l’esprit créateur.

Sur mon île certains veulent s’approprier
Le patrimoine et l’art à grands coups de deniers,
Se comportant en maîtres et seuls dignes héritiers.
Je me fous de savoir la couleur de leur  blé.

Je suis un ferrailleur qui a choisi sa voie,
Me dérobant au joug de toutes institutions
Qui se posent en patron dictant leurs conditions.
Je me fous de savoir ce qu’elles pensent de moi.


Jean luc Toussaint Pimenta da Costa

Le coté obscur de l'art

Autrefois vivait un empereur qui aimait par dessus tout être bien habillé. Il avait un habit pour chaque heure du jour. Un matin, deux tisserands arrivèrent en ville. Leur art avait une particularité : nul ne pouvait voir leur tissu à moins d’être intelligent, les gens stupides et incapables n’y voyaient goutte.

Ils proposèrent au souverain de lui confectionner un vêtement. L’empereur pensa que ce serait un habit exceptionnel et qu’il pourrait ainsi repérer les personnes intelligentes de son royaume. Les deux charlatans se mirent au travail et exigèrent de l’argent, de l’or et de la soie. Ils empochèrent le tout et pas un fil n’alla sur le métier. Les tisserands agitaient bras et jambes mais tissaient à vide.
Quelques jours plus tard, l’empereur vint voir où en était le tissage de ce fameux tissu. Il ne vit rien. Troublé, il décida de n’en parler à personne, car personne ne voulait d’un empereur sot. Il envoya un groupe d’élite et plusieurs ministres inspecter l’avancement des travaux. Ils ne virent pas plus que le souverain, mais n’osèrent pas non plus l’avouer.

Le jour où l’habit fut achevé, les tisserands aidèrent l’empereur à l’enfiler. Ils s’écrièrent «voici le pantalon, voici l’habit et le manteau, c’est léger comme une toile d’araignée». « Oui » disait les courtisans qui ne voyaient rien car il n’y avait rein à voir. Comme tout est bien ajusté disait-on, quels dessins ! Quelles couleurs ! Quel habit précieux !

Ainsi « vêtu » et accompagné de ses ministres, le souverain se présenta à son peuple qui, lui aussi, prétendit voir et admirer ses vêtements. Seul un petit garçon osa dire la vérité : « Mais le roi est tout nu! » Et tout le monde lui donna raison.
L’empereur frissonnait car il n’avait rien sur lui et comprit que son peuple avait raison, mais continua fièrement sa marche sans dire un mot, les chambellans tenant toujours la traine imaginaire.
Quant aux deux coquins ils étaient déjà loin.


Les habits neufs de l’empereur (Conte d'Andersen)

Voyageur forcené ou la pensée îlienne

Coraux esseulés sur l’océan immense,
Sables blancs cernés de bleu marine intense,
Ciel clair coloré  d’une aube qui s’avance
Vers un nouveau jour d’un ilien en partance.

L’homme seul sur son île rêve d’archipel,
De rivages lointains, d’autres bouts du monde.
Il rêve de savoirs, de lancer des appels.
Saine rébellion d’une âme vagabonde.
 
L’homme libre ne peut  se borner à son sol
La mer le contraint à voir d’autres horizons,
A franchir les frontières et prendre son envol
Vers d’autres ouvertures et d’autres relations.

Ainsi affranchi du fardeau de sa caste
Il s’ouvre à l’échange et à la diversité :
Langages, cultures diverses et vastes,
Il s’approprie le monde et reste connecté.

Pétri de culture au terme du voyage,
Il reviendra sur son île, fier et serein,
Fort de ses échanges et de son métissage,
Eclairer l’avenir des peuples de demain.


Jean luc Toussaint Pimenta da Costa

Le souffle du dragon

Le souffle du dragon réchauffe les âmes
Des fers abandonnés à un triste destin.
Et dans l’antre sombre et noircie de suif, soudain,
Activé par l’air chaud le lourd charbon s’enflamme.
    
La plainte de l’enclume au timbre cristallin
Emplit l’atelier de l’homme en plein effort,
Le fer incandescent se plie, se scinde, se tord,
Contraint par l’acier froid qui alourdit sa main.

La joute s’intensifie dans l’antre surchauffée
Où le feu souverain prend le corps et l’esprit.
Au cœur de la fournaise la raison transcendée
Le forcené s’emploie à dompter son génie

 
Les objets malmenés aux traits si différents
Soumis à la morsure du feu de la soudure,
S’assemblent par magie pour former l’ossature
D’un être métissé aux pouvoirs surprenants.


Jean luc Toussaint Pimenta da Costa

Saison des semailles en pays bambara

Deux grands Tiwara males aux lignes parfaites
Se rencontrèrent un  jour au détour d’un chemin.
Les terres labourées avaient reçues leurs grains
De mil, de sorgho. Les semailles étaient faites.

Les deux masques cimiers se toisaient de très haut
Sûrs de leur prestance, fiers de leur silhouette,
Portant dignement leurs cornes sur la tête.
Quel serait le plus fort, le plus grand, le plus beau ?

La fête battait son plein dans les villages autour,
Et les danseurs grimés attendaient patiemment
Que les chefs attitrés désignent les parements
Symboles de fertilité des récents labours.

Les deux masques orgueilleux aux corps de fourmilier
Se précipitèrent sur la tête des hommes,
Qui effarouchés, jetèrent au loin leur heaume
Dans les pieds des danseurs au ballet endiablé.

Des deux grands masques cimiers ainsi piétinés,
Il ne restait plus rien que de deux tas de copeaux.
Quel était le plus fort, le plus grand, le plus beau ?
Qui serait l’élu des hommes ? Nul ne le saurait.


Jean luc Toussaint Pimenta da Costa

LES FORGERONS

De tout temps et sur tous les continents, les forgerons ont formé une caste bien à part. Ils ont toujours été considérés comme des êtres originaux aux pouvoirs magiques. Sorcier ou magicien ?

Homme du feu, menant un combat singulier pour transformer la matière et lui donner vie, j’ai toujours aimé cette image de l’ homme retranché dans son antre surchauffée et éclairée par le feu incandescent d’une forge.

Magie de la cohabitation, cohésion des éléments, le ferronnier peut associer au fer d’autres matériaux très différents : le verre, le cuir, le bois et d’autres métaux non ferreux ou nobles.

Le métal que l’on croit froid et inanimé se plie, se tord, il bouge telle une bête en gestation qui veut sortir du ventre de sa mère. Barres, plaques, et tubes métalliques, domptés par la frappe impitoyable du marteau, soumis aux étirements de bras et de mains puissantes, donnent naissance à des formes connues et familières.

Métal forgé à chaud ou à froid, l’enclume retentit du tintement cadencé, métallique et cristallin du marteau qui s’abat sur sa table. L’instrument devient une plume avec laquelle l’artiste reproduit le dessin qu’il a dans la tête. L’antre du forgeron devient alors le centre d’un monde sonore, peuplé de bruits inquiétants, d’étincelles crépitantes, de grincements profonds comme des cris. Le fer parle et s’exprime, il se révolte parfois pour tenter d’échapper à son maître.

La barre incandescente, rouge cerise ou chauffée à blanc, se modèle et se transforme sous les assauts répétitifs du Minotaure. Travail harassant qui demande de la concentration, de la force et du talent. Toute cette énergie physique et mentale s’allie au feu, au fer et à l’eau pour faire naître une forme de vie, un objet d’art qui fascine et qui confère au forgeron toute sa noblesse et sa magie créative.

Hommage à la caste des forgerons africains

Gloire à la caste des forgerons africains
Qui tirent leur pouvoir du centre de la terre.
Alliant leur énergie au feu, à l’eau, au fer
Ils perpétuent ainsi les gestes de leurs anciens.

Hommage au sorcier, au mage et au magicien,
Qui connaît les secrets de la transformation,
Et qui fort du pouvoir de ses incantations
Façonne l’objet à la force de ses mains.

Geste, cent fois répété d’une main leste
Qui active le soufflet de peau de chèvre,
Invocations susurrées du bout des lèvres
Flamme qui monte sous la voute céleste.

Univers fascinant du métal qui se tord
Sous les coups répétés du bras fort et puissant
Monde sonore animé de bruits inquiétants
Où la bête va naître enfanté sous l’effort

L’eau, le feu et le fer ont créé l’objet d’art,
Cohésion d’éléments, magie créative.
L’homme est soulagé et sa foi persuasive
L’aide à reprendre pied pour un nouveau départ.


Jean luc Toussaint Pimenta da Costa

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