De tout temps et sur tous les continents, les forgerons ont formé une caste bien à part. Ils ont toujours été considérés comme des êtres originaux aux pouvoirs magiques. Sorcier ou magicien ?

Homme du feu, menant un combat singulier pour transformer la matière et lui donner vie, j’ai toujours aimé cette image de l’ homme retranché dans son antre surchauffée et éclairée par le feu incandescent d’une forge.

Magie de la cohabitation, cohésion des éléments, le ferronnier peut associer au fer d’autres matériaux très différents : le verre, le cuir, le bois et d’autres métaux non ferreux ou nobles.

Le métal que l’on croit froid et inanimé se plie, se tord, il bouge telle une bête en gestation qui veut sortir du ventre de sa mère. Barres, plaques, et tubes métalliques, domptés par la frappe impitoyable du marteau, soumis aux étirements de bras et de mains puissantes, donnent naissance à des formes connues et familières.

Métal forgé à chaud ou à froid, l’enclume retentit du tintement cadencé, métallique et cristallin du marteau qui s’abat sur sa table. L’instrument devient une plume avec laquelle l’artiste reproduit le dessin qu’il a dans la tête. L’antre du forgeron devient alors le centre d’un monde sonore, peuplé de bruits inquiétants, d’étincelles crépitantes, de grincements profonds comme des cris. Le fer parle et s’exprime, il se révolte parfois pour tenter d’échapper à son maître.

La barre incandescente, rouge cerise ou chauffée à blanc, se modèle et se transforme sous les assauts répétitifs du Minotaure. Travail harassant qui demande de la concentration, de la force et du talent. Toute cette énergie physique et mentale s’allie au feu, au fer et à l’eau pour faire naître une forme de vie, un objet d’art qui fascine et qui confère au forgeron toute sa noblesse et sa magie créative.

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